À
l’occasion d’une des expositions
de Philippe Demeillier en 1988, Georges
Marbeck écrivait : «Il
y a des peintres qui ne s’intéressent
qu’au cutané des choses,
au poli des objets, au lisse des corps
(…) Philippe Demeillier, lui
n’est pas homme à se
laisser piéger par l’emballage.
Un capot, ça s’ouvre.
Une carrosserie, ça se démonte.
Une enveloppe ça se déchire.
La peau, ça se découpe,
ça se retourne, ça s’étire,
ça se tanne. Il faut toujours
qu’il aille remuer le cambouis
des choses, des corps, du monde, pour
bricoler ses pièces détachées
à son idée». Dans
son travail de peintre, de graveur,
de sculpteur, Philippe Demeillier
dépèce et dissèque,
mais si ces portraits étalés,
dé-figurés, cette recherche
d’une beauté «convulsive»
peuvent nous suggérer l’image
d’un artiste sombre, les sculptures,
tout en procédant au même
désir de créer une réalité
nouvelle, révèlent une
autre facette de l’artiste.
Travaillant de façon empirique,
ni rationnelle, ni systématique,
Philippe Demeillier réagit
en fonction du sujet, du matériau,
de l’inspiration de la commande
ou de l’exposition future, sans
souci de mode. De sa rencontre avec
l’objet survient une idée,
un déclic qui, en une fraction
de seconde, peut transfigurer le support
moteur d’une 203 en une réplique
revisitée du «Bœuf
écorché» de Rembrandt.
Philippe Demeillier se surprend alors
à transformer le matériau,
et cet étonnement, ce plaisir
qui émergent pendant le temps
de la matérialisation, il n’a
d’autre envie que de les transmettre.
Démontant, découpant,
assemblant, Philippe Demeillier travaille
et s’amuse ; ses sculptures
pourraient être autant d’inventaires
à la Prévert, où
chaque objet tout en gardant son caractère
propre, en demeurant identifiable
concourt à créer une
œuvre d’art ludique et
poétique. Ce n’est donc
pas un hasard si Philippe Demeillier
dit son admiration pour Picasso, artiste
aux multiples techniques, créateur
lui aussi d’étonnantes
sculptures - assemblages, dont la
fameuse «tête de taureau»
constituée d’une selle
de vélo et d’un guidon
rouillé de bicyclette, née
elle aussi sans aucune intention préalable.
«En un éclair, disait
Picasso, ils se sont associés
dans mon esprit… L’idée
de cette tête de taureau m’est
venue sans que j’y ai pensé…
Je n’ai fait que les souder
ensemble»
Philippe Demeillier ne dit pas autre
chose…